Tout le monde a un avis… mais faut-il toujours le partager?

Répandre l'amour

Les réseaux sociaux nous ont donné une chose précieuse : la parole. Une liberté d’expression instantanée, globale, et publique. C’est formidable, à condition d’en mesurer la portée. Car cette liberté se transforme trop souvent en un brouhaha d’opinions mal informées, balancées sans filtre, sans nuance et surtout… sans compétence.

Écouter est un acte fondateur

Dans Au commencement était l’écoute (Deuhb Zyzou, merci encore pour le livre), Sybille Veil nous rappelle une chose essentielle, presque oubliée depuis l’avènement des réseaux sociaux : écouter est un acte fondateur. Avant de parler, il faudrait peut-être commencer par écouter. Mais aujourd’hui, la parole précède souvent la réflexion, et l’opinion devance l’information.

(c) RadioFrance. Au Commencement était l’écoute.

Sur les réseaux sociaux tchadiens, comme partout ailleurs, une tendance prend de plus en plus d’ampleur : vouloir donner son avis sur tout, même (et surtout) sur ce que l’on ne maîtrise pas. L’actualité locale, les conflits internationaux, les vaccins, la monnaie, l’intelligence artificielle, les faits divers… Tout le monde s’improvise expert d’une chose ou d’une autre, en vomissant des avis à tout va des analyses sans dénuées de sens. Tout devient sujet à débat public, souvent improvisé, parfois brutal, rarement éclairé.

Cette frénésie de prise de parole peut donner l’illusion d’un espace démocratique, mais elle devient dangereuse lorsqu’elle repose sur des fausses croyances, des raccourcis intellectuels, et surtout, des biais cognitifs que chacun relaie à sa manière, sans toujours s’en rendre compte. Pire, ce phénomène n’épargne ni les anonymes ni les figures publiques : influenceurs, journalistes, responsables politiques, tous peuvent tomber dans le piège de « l’avis réflexe ».

« la langue qui fourche, fait plus de mal que le pied qui trébuche ».

Mais donner son avis n’est pas neutre. Cela engage. Cela influence. Cela peut nourrir une vision erronée du monde, semer la confusion, diviser inutilement. Or, tout ne se vaut pas, et toutes les opinions ne se valent pas non plus, surtout lorsqu’elles sont construites sur du sable. D’ailleurs, à ce propos, mes parents days disent que : « la langue qui fourche, fait plus de mal que le pied qui trébuche ».

Ce billet n’est pas une condamnation de la liberté d’expression. C’est un appel à la retenue. À l’humilité. À l’écoute, justement. Car écouter, c’est aussi accepter de ne pas tout commenter, de se taire quand on ne sait pas, de laisser la parole à ceux qui savent, ou à ceux qui vivent ce dont ils parlent.

La parole est précieuse. Elle mérite mieux que l’instantanéité irréfléchie. Avant de poster un avis, demandons-nous :
Suis-je certain de ce que j’avance ?
Ma parole va-t-elle éclairer ou brouiller davantage ?

En ligne comme ailleurs, il est parfois plus sage de tendre l’oreille que de hausser la voix. Et si, à notre tour, nous faisions de l’écoute notre premier acte citoyen ?


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